DEPUIS QUE SUR CES BORDS…

« Toute la tragédie de Phèdre dit ces « bord », récurrents, bords de l’Attique : « Depuis que sur ces bords les Dieux ont envoyé La fille de Minos et de Pasiphaé », « sombres bords » du Styx, « bords » de l’île où meurt Ariane. (…) L’espace de Phèdre est doublement structuré par la récurrence du lexème « bord » et par le mouvement spatial de la fuite arrêtée.»

Anne Ubersfeld

Nous avons vu, en étudiant la Phèdre de Racine, combien l’espace dramatique – l’espace évoqué par le texte mais invisible aux yeux de spectateurs – participait de la poésie tragique. Ces « bords » d’où viennent les personnages, où ils ont erré ou se sont perdus, cette Méditerranée tragique et mythique, les voici à portée de regard !

Je vous propose un petit jeu. Voici reproduits tous les passages de la pièce où apparait le mot « bords » (toujours au pluriel, vous le noterez). Il s’agit pour vous de les numéroter dans le bon ordre, de préciser l’acte et la scène, le personnage qui prononce la réplique et le personnage à qui il s’adresse. Bon jeu !

LE JEU DES BORDS

 

 

Cet heureux temps n’est plus. Tout a changé de face,

Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé

La fille de Minos et de Pasiphaé.

 

 

C’est vous qui sur ces bords conduisîtes ses pas.

Vous daignâtes, seigneur, aux rives de Trézène

Confier en partant Aricie et la reine :

Je fus même chargé du soin de les garder.

 

 

Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !

 

 

J’ai demandé Thésée aux peuples de ces bords

Où l’on voit l’Achéron se perdre chez les morts ;

 

 

Voyage infortuné ! Rivage malheureux,

Fallait-il approcher de tes bords dangereux !

 

 

Détrompez son erreur, fléchissez son courage.

Roi de ces bords heureux, Trézène est son partage ;

Mais il sait que les lois donnent à votre fils

Les superbes remparts que Minerve a bâtis.

 

 

 

Croirai-je qu’un mortel, avant sa dernière heure,

Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?

Quel charme l’attirait sur ces bords redoutés ?

 

 

À votre inimitié j’ai pris soin de m’offrir :

Aux bords que j’habitais je n’ai pu vous souffrir ;

 

 

Il a vu le Cocyte et les rivages sombres,

Et s’est montré vivant aux infernales ombres ;

Mais qu’il n’a pu sortir de ce triste séjour,

Et repasser les bords qu’on passe sans retour.

 

 

On ne voit point deux fois le rivage des morts,

Seigneur : puisque Thésée a vu les sombres bords,

En vain vous espérez qu’un dieu vous le renvoie

 

 

Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors

Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?

 

 

 

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